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C’est le cœur gros que je vous écris ces lignes. La légende, le patron du game, l’incarnation humaine du rock, est morte. Lemmy est mort. Putain.

Le bonhomme s’enquillait une bouteille de JD par jour depuis 50 ans, je ne sais combien de paquets de clopes sans compter les kilos de drogue, et il était increvable. Bref, Lemmy nous a quitté et le rock avec lui.Personne n’incarnait aussi bien cette musique que le leader de Motorhead, avec une honnêteté et une intégrité implacable. C’est pas les rockeurs d’aujourd’hui, tous plus lookés et brandés que jamais qui pourront y faire quelque chose, moi compris.

Malheureusement, ma déprime du rock ne s’arrête pas là, puisque j’ai décidé d’arrêter General Lee (attention, sortez les violons et les mouchoirs).

Ces abrutis auront réussi à me dégoûter et me faire perdre toute motivation à essayer de sortir du NPDC par la musique. Deux putains de tournées déjà bookées annulées. Pas de Russie part II, avec pour raison officielle la volonté de ne pas dépenser d’argent pour pouvoir partir ailleurs, à Cuba. On parle là d’une somme astronomique de 70€ par personne… On avait dépensé plus du quadruple la dernière fois pour jouer chez Poutine, ça n’avait posé de problème à personne et surtout, on s’était marré comme jamais. Retour sur investissement assuré. Mais passons.

Concrètement la seule chose qui me tenait déjà dans le groupe, après d’autres camouflets, c’était ça : une mega tournée au pays de la révolution, à jouer devant des centaines de personnes en plein air entre La Havane et Santiago, avec des putains de groupes dont mes chéris The Prestige, les fous de Butchers Rodeo, les anglais de Yards et un petit groupe qui monte, Birds In Row. Putain Birds In Row quoi. Deux semaines de soleil, de fun, de rock’n’roll et de Cristal. Je peux vous dire que j’en étais fier de cette tournée, que c’était pour le moment le point d’orgue de ma vie musicale et que je ne remercierai jamais assez Alex des Prestige de nous avoir offert cette opportunité sur un plateau doré.

Et puis finalement, non pas de Cuba. Une belle quenelle de 128, à deux mois du départ et je soupçonne que ça soit pas arrivé plus tard seulement parce que je commençais sérieusement à mettre la pression pour acheter les billets d’avion.

J’avais encaissé nos problèmes d’argent, des décisions relativement foireuses (pas à propos de la direction artistique du dernier album, ça j’assume), le manque d’envie de chacun (apres le crowdfunding et l’album, oui on était vidé), les dates qui s’annulent…

Mais là, j’en peux plus. Annuler une tournée dans un pays comme Cuba, avec tout ce que ça demande comme organisation (pour les visas, les hôtels etc), et pire, pour l’impossibilité et l’authenticité que ça représente (le premier groupe de metal à avoir joué à Cuba, c’était Sepultura en 2005 !), c’est impensable. Une opportunité unique, jetée aux oubliettes pour de la merde. Pour des excuses absolument prévisibles. Et ma crédibilité vis à vis des personnes à qui j’avais vendu GL comme un groupe fiable, je me la carre dans l’oignon, je suis cramé, ça c’est cadeau.

Donc j’ai été dégoûté une (bonne) journée. Et depuis je suis juste vénère, en cherchant à savoir à quel moment j’avais raté quelque chose et en me rendant bien compte, à titre purement personnel, que j’avais rien fait de travers. Rien. Vénère.

Vénère d’être privé d’une tournée sur laquelle tout le monde est d’accord depuis un an.

Vénère de faire des concerts de merde dans des péniches devant 22 personnes pour devoir rembourser des frais divers dont je ne suis pas responsable… Avec un immense respect pour ces fameuses 22 personnes qui sont venues ce soir là et qui ont payé pour voir un show au rabais de mecs pas motivés.

Vénère de me donner pour des mecs qui « vivent pour le rock » mais seulement si ça entame pas leur budget et les congés vacances sans faire chier madame.

Vénère à en tout plaquer instantanément et annuler la date prévue 3 jours plus tard.

Vénère d’être pris pour un con et de toujours être le dindon de la farce.

Je suis énervé. Et aigri. Et triste.

Triste de m’être fait baisé et de rien pouvoir y faire.

Triste de devoir abandonner une aventure folle aux tropiques en ayant pourtant tout fait correctement.

Triste d’avoir encore raté une occasion unique.

Triste de me dire que c’était probablement ma dernière chance de vivre un truc pareil.

Triste à en être dégoûté de la musique et de ma vie d’artiste, si petite et humble soit elle.

Triste d’arrêter une fois de plus après un concert sans savoir que c’était le dernier.

Triste de partir en me sentant obligé de devoir justifier mon départ, alors que ça devrait être une évidence pour n’importe qui avec un peu de décence.

Triste de voir que personne n’aura assumé le fait d’avoir fait le con, et que personne ne se sera excusé d’avoir provoqué la mort du groupe en effet boule de neige. Non, tout ce qu’on trouve à me dire (et encore, par message interposé sur le groupe facebook commun), c’est que j’abuse d’avoir annulé la dernière date, « juste parce qu’on tourne pas à Cuba », en me reprochant un manque d’investissement et de responsabilités. Oui oui, même quand les mecs viennent d’annuler 12 dates au bout du monde deux mois avant le départ, apparement c’est moi qui aie un problème avec les responsabilités.

Triste de quitter General Lee de cette manière, sans happy ending, entre mecs que je connais depuis presque 10 ans.

Dire que j’avais rarement pris autant de fun sur scène qu’avec eux, du jersey Jupiler en Italie aux circle pits sur Drifting à Moscou, en passant par des bunkers en Suisse. Mais visiblement, ça, c’est terminé. Je l’écris les larmes aux yeux.

Le rock est mort. Mon rock est mort.