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C’est dur de retranscrire tout ce qu’il s’est passé en une semaine, avec cette concentration d’événements improbables…

Par exemple, je pense qu’on a pris la route la plus mal entretenue de toute la Russie en se rendant de Samara à Saratov. Circonstance aggravante, le chauffeur qui nous claque un livre audio en russe, pendant plus de 5h, sans aucun droit de veto. Ce qu’on appelle un lavage de cerveau efficace. Heureusement, on avait tiré des canettes dans le catering de la veille, des bières Military, ça nous a permis d’oublier, même si le mélange était plus adéquat pour une descente d’organes ou pour alimenter les moteurs de mobylettes russes. Du coup on allonge les pauses pipi et on prend des photos dans le froid, devant la Volga.

Volga

Mais une fois arrivés, Saratov nous a bien rendu le mal qu’on a eu pour s’y rendre. Pour continuer dans les actions folles, on part manger dans un équivalent de Flunch, où évidemment on n’est pas passé inaperçu en tant que français, ce qui a fait sortir de leur cachette deux serveuses plus toutes jeunes dont la seule référence à la France était Mireille Mathieu, star incontournable en Russie. Du coup, Arnaud leur a signé des autographes au nom de Mireille, et on est passé à deux doigts de leur faire croire que Fabien était son fils.

On débarque ensuite dans un théâtre immense, avec les sièges encore bien accrochés, des colonnes de ballons de baudruche, des groupes de metal symphonique et une grosse envie de tout casser. Quand les mecs se sont mis à faire un braveheart en un contre un dans les travées, on a compris que c’était ce soir là la baston.

S’ensuit la plus longue série d’autographes et de photos de ma carrière, au point même de finir tous les cinq alignés sur une table et à signer à la chaîne, comme si on était des stars en séance dédicace à la Fnac. Le top du n’importe-quoi / on-est-des-stars, c’est le message qu’on retrouve écrit dans la poussière sur la vitre de notre van, « from Saratov, with love » avec des croix retournées et des pentacles.

On part ensuite à Volgograd. Bordel, partout où on va, il y a une référence à la guerre. Celle ci en l’occurrence est évidemment pleinement assumée, comme on se trouve quand même à l’anciennement nommée Stalingrad. Après avoir littéralement pété le club dans lequel on a joué – à cause entre autres de patates de forain, d’ampli démoli, de chasse aux papillons avec une basse et de suspension à des poutres pas super solides -, on profite de notre soirée devant le monument gigantesque de la Mère Patrie, en honneur aux soldats de la bataille de Stalingrad.

Mère Patrie

A titre indicatif, la petite statue du fond fait deux fois la statue de la liberté. Je pense que les russes ont quand même un petit problème avec la démesure, comme un vestige ou la nostalgie de la compétition avec les américains. Mais je pense que le plus impressionnant reste la flamme éternelle (rien à voir avec les Atomic Kitten) et ses murs entiers couverts des noms de civils et soldats tués lors de la bataille.

Motherland calls' Eternal flame

On est réveillé le lendemain matin par une douce odeur de petit déjeuner, encore un peu saouls de la veille pour certains, pour découvrir que le petit déjeuner sera constitué de soupe aux champignons. Même si ça peut paraître spécial, on s’est sacrément régalé et on a dûment remercié notre hôte pour avoir pris le temps de concocter cette soupe à 8h du matin, en s’étant couché seulement trois ou quatre plus tôt et après une ou deux bouteilles de vodka derrière la cravate.

Là où ça devient particulier, c’est que le petit déj ne se limitait pas à la soupe : notre hôte débarque alors avec des pintes de bière (je rappelle qu’il est 9h du mat’), et un sachet de poisson fumé dont l’odeur n’est pas loin d’être mortelle. #russianstyle. Dur. J’ai essayé d’être sympa, j’en ai pris un morceau, mais c’était clairement au dessus de mes limites. Autant on a plus ou moins bien tué les choppes, autant le poisson est resté sur la table. On a vite pris la route pour notre dernière date, avant qu’il nous force à manger la poiscaille.

Il ne reste donc que notre show  à Rostov, où on arrive après avoir croisé un paquet de convois militaires en partance pour l’Ukraine, no big deal. Avec des pilasses en béton au milieu de la fosse et un public qui s’attendait à ce qu’on joue les tubes de Roads (raté), je pense que c’était un peu moins la folie que le reste du tour. Mais bon, on prenait l’avion à cinq heures du matin le lendemain, fallait bien tuer le temps et on s’est arrangé pour apprendre à un groupe de russes comment bien se comporter au stade Bollaert et les paroles de Ch’Gros René. Le RCL, fédérateur jusqu’à Rostov, véridique, #souverain.